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Obstétrique : la mésaventure d’une mère

Une jeune mère témoigne de son expérience
L’hôpital de Sainte-Anne-des-Monts. (Photo Le Soir – Dominique Fortier)

Les découvertures et ruptures de service en obstétrique en Gaspésie causent des ennuis pour les femmes enceintes sur le point d’accoucher. Mais ce qu’a vécu Marie-Anne Lépine le 2 janvier amène de sérieuses questions sur l’organisation des soins lors de telles situations. Témoignage.

Après 36 semaines de grossesse, la jeune femme de Rivière-à-Claude avait été informée qu’elle accoucherait à Matane durant un épisode de découverture en obstétrique à son hôpital de référence, à Sainte-Anne-des-Monts. Dans ces cas, le CISSS de la Gaspésie met sur pied un plan de contingence avec un corridor de service vers l’hôpital de Matane. Les femmes enceintes de plus de 36 semaines suivies par le réseau de la santé sont alors contactées individuellement pour les informer de la situation.

« Le 1er janvier, ça fermait à minuit à Sainte-Anne-des-Monts, explique Marie-Anne Lépine. Nous sommes partis le matin, car on annonçait une énorme tempête. Le 2 janvier, le travail a commencé et nous sommes allés à l’hôpital de Matane mais rendu là, le dossier n’était pas là; ils ne savaient pas qu’on existait et j’étais rendue à 41 semaines de grossesse. »

Pas une première

Cette situation a été une source de stress et d’insécurité considérable à un moment où une mère devrait pouvoir se concentrer uniquement sur son accouchement et la santé de son bébé.

« Sainte-Anne-des-Monts nous appelait chaque semaine pour nous dire d’aller à Matane s’il y avait quoi que ce soit, qu’ils allaient faire suivre notre dossier, mais ce n’était pas le cas. Il a fallu que je gère le fait qu’ils n’avaient pas mon dossier; donner les coordonnées de mon médecin en plein travail [d’accouchement] », relate la jeune mère.

Les obstétriciens devaient ainsi se fier à la femme qui aurait pu omettre des détails importants de son dossier médical en pleine période de travail. Ou encore connaître des éléments particuliers que la future maman aurait pu oublier durant sa période de préaccouchement. « Matane nous a dit que c’était commun que le dossier ne suive pas la patiente », dénonce-t-elle.

Marie-Anne Lépine témoigne de son expérience d’accouchement en début d’année.
(Photo gracieuseté)

Pas de service pour son poupon

Mais la mésaventure ne s’arrête pas là. Une fois sa fille arrivée au monde, la nouvelle mère se fait dire au départ de l’hôpital de Matane que si son bébé avait un problème avant l’âge de quatre semaines, de se présenter directement au service d’obstétrique de l’hôpital de Sainte-Anne-des-Monts. Le nourrisson développe alors une infection à un œil.

« On a appelé samedi soir puisque le 811 nous avait indiqué qu’on devait consulter dans l’immédiat. Ils nous ont dit qu’il était impossible de voir un médecin puisque c’est fermé jusqu’à jeudi et qu’on devait se pointer à l’urgence avec notre bébé de 15 jours », explique Marie-Anne Lépine.

Pas question pour elle d’aller à l’urgence alors que des symptômes grippaux et de gastroentérite circulent. Elle veut éviter d’exposer sa jeune enfant à de tels virus.

« On est en attente pour un médecin à Sainte-Anne-des-Monts, sinon, on va devoir aller à Matane. Ce n’est pas normal », lance-t-elle découragée.

Une solution svp

La sortie publique de la nouvelle maman vise à lancer un message pour un retour à la normale au service d’obstétrique à Sainte-Anne-des-Monts et en Gaspésie en général.

« On veut qu’il y ait assez d’infirmières et de médecins pour que ce soit ouvert en tout temps. Sinon, au moins que les dossiers de Sainte-Anne-des-Monts suivent à Matane », note la mère qui n’avait pas besoin de ce stress supplémentaire.

« Ce n’est pas parce qu’on est en région qu’on devrait vivre une telle situation », poursuit celle qui n’a reçu aucun retour du Groupe de médecine familial local jusqu’à maintenant.

À chaque fois qu’une découverture ou une rupture de service se produit en obstétrique à Sainte-Anne-des-Monts, le CISSS offre de payer l’hébergement à Matane pour les femmes sur le point d’accoucher.

« On était supposé d’avoir droit au remboursement de l’hôtel et la nourriture le temps qu’on était à Matane. C’est ce qu’on nous avait dit. J’essaie de l’avoir et personne ne sait comment ça fonctionne pour l’avoir. C’est un autre problème. » La jeune femme a lancé des démarches au niveau politique, espérant qu’une solution soit enfin trouvée.

L’ex-préfet s’en mêle

L’ex-préfet de La Haute-Gaspésie, maintenant conseiller municipal à la Ville de Cap-Chat, a décidé de soutenir la jeune mère de famille dans sa mésaventure. Allen Cormier rappelle qu’en 2009, lorsqu’il avait été élu pour un premier mandat à la préfecture, l’obstétrique était en priorité dans ses actions.

« Je lui ai offert mon aide et demandé à mes collègues de Cap-Chat d’adopter une résolution pour demander au gouvernement et à la ministre de la Santé de mettre en place des mesures dynamiques pour un retour du service d’obstétrique dans les meilleurs délais. On veut un engagement ferme. »

Dans le contexte où le CISSS de la Gaspésie ne peut s’engager à un retour à la normale pour l’ensemble des services dans les quatre hôpitaux de la Gaspésie en 2026, l’élu se remémore les gestes passés.

« En 2009, la situation n’était pas rose, mais j’avais eu la chance d’avoir un engagement clair et précis du ministre de la Santé de l’époque, Yves Bolduc. C’est ce qu’on attend en Haute-Gaspésie : un engagement ferme de la ministre de la Santé et même du bureau du premier ministre pour que des actions soient prises pour rétablir le service dans les meilleurs délais. »

Alors que le CISSS aurait besoin de 47 infirmières dans le réseau, l’ex-préfet demande de faire appel aux infirmières des agences pour maintenir le service.

« Il ne faut pas penser en mode coupure, mais en mode action et développement. Je ne veux pas qu’on mette en aucun temps la vie d’une femme ou d’un enfant en péril pour des questions d’ordre budgétaire ou de recrutement », réclame le conseiller municipal.

Au moment d’écrire ces lignes, le CISSS de la Gaspésie et le député de Gaspé n’avaient pas réagi à la mésaventure de cette mère de Rivière-à-Claude.

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