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Vers un modèle de pêche communautaire

Cette approche communautaire du projet vise particulièrement la pêche au homard. (Photo Le Soir – archives)

Un événement festif et familial, qui a ravivé les traditions maritimes, tout en lançant un projet pilote visant à développer un nouveau modèle de pêche communautaire. Voilà ce qu’a proposé la première Journée de la mer qui, le dimanche 24 août, a fait vibrer le Havre des Quinze Collets de Tourelle, à Sainte-Anne-des-Monts. La fête a attiré quelque 500 personnes.

Organisé par la MRC de La Haute-Gaspésie, en collaboration avec l’Association des pêcheurs côtiers de Tourelle, auxquelles se sont joints plusieurs partenaires, l’événement a largement dépassé les attentes des organisateurs.

« Au début, le projet devait être très local avec 60 places et deux à trois cipâtes », explique le conseiller au développement économique pour la filière bioalimentaire de la MRC de La Haute-Gaspésie et principal organisateur de l’événement, Yannick Ouellet.

L’événement a finalement attiré des élus de la MRC et des participants venus d’un peu partout, notamment de la Baie-des-Chaleurs, de Gaspé et du Bas-Saint-Laurent, de même que des chercheurs de Québec et de Montréal.

Un clin d’œil au passé, un regard vers l’avenir

La Journée de la mer visait aussi à rendre hommage à l’ancien Festival de la mer, qui a animé Tourelle de 1981 à 1991. Mais, cette nouvelle mouture n’a pas fait que dans la nostalgie; elle a marqué le lancement officiel d’un ambitieux projet pilote de pêche collective.

Au programme: messe en plein air suivie de la bénédiction des bateaux, d’un pique-nique collectif, de kiosques d’exposants, de jeux et d’animation. Malgré une averse qui a temporairement dispersé une partie de la foule, l’événement a maintenu son succès avec un va-et-vient constant de visiteurs.

Un projet pilote novateur

Le véritable objectif de cette journée était le lancement d’un projet pilote mené par des chercheurs de l’Université Laval et de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC). Ce projet d’envergure de pêche communautaire propose un nouveau modèle, où l’organisation et les permis de pêche seraient de surcroît gérés collectivement par les membres de l’Association des pêcheurs côtiers de Tourelle.

« D’une durée de trois ans, notre projet établira un modèle collectif, explique Yannick Ouellet. On travaille avec Pêches et Océans Canada et le MAPAQ [ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec] pour tracer le chemin. »

L’objectif: développer un circuit court permettant aux pêcheurs locaux de vendre directement leurs produits au quai, dans les poissonneries et les restaurants de la région.

La Journée de la mer a attiré quelque 500 personnes au Havre des Quinze Collets de Tourelle. (Photo Le Soir – Johanne Fournier)

Circuit court et traçabilité

Charlotte Cloutier est coordonnatrice de ce projet de pêche communautaire. La biologiste de formation et professionnelle de recherche à l’Université Laval à Québec souligne d’ailleurs l’importance de cette approche communautaire du projet, qui vise particulièrement la pêche au homard. Le crustacé est actuellement destiné principalement à l’exportation après sa transformation en usine.

« Ce qu’on veut, c’est que le homard, dans notre projet de pêche collective, soit d’abord vendu au quai, ensuite dans les poissonneries et les restaurants », explique M. Ouellet. Le projet inclut aussi une stratégie de traçabilité avec une illustration créée par l’artiste Fannie Desmarais de Sainte-Anne-des-Monts, représentant la diversité des acteurs du milieu maritime gaspésien.

Pêcheurs sceptiques, puis convaincus

Si les pêcheurs se montraient prudents avant la Journée de la mer, l’accueil chaleureux du public lors de l’événement a changé la donne. «Ils se sont fait applaudir et fait dire bravo une fois, deux fois et trois fois, a observé Charlotte Cloutier. Ils sont contents!»

Cette réaction positive s’explique notamment par le passé difficile du secteur des pêches en Haute-Gaspésie.

«C’est parce qu’ils se sont tellement fait conter de choses», résume Yannick Ouellet, faisant référence aux nombreuses promesses non tenues dont les pêcheurs ont été victimes au fil des ans.

Un modèle qui valorise tous les acteurs

Le projet pilote met l’accent sur l’importance de tous les maillons de la chaîne, notamment le rôle crucial des femmes dans l’industrie. «Si les femmes ne sont pas là, la pêche ne fonctionne pas», estime Yannick Ouellet, rappelant leur rôle central dans la gestion des ventes au quai et des transactions commerciales.

La Journée de la mer a généré quelques profits qui resteront à l’Association des pêcheurs. Ces fonds serviront soit à organiser la prochaine Journée de la mer, soit à soutenir le développement du projet de pêche collective.

Avec ce projet pilote novateur de pêche communautaire, Tourelle pourrait donc devenir un modèle pour l’avenir de la pêche communautaire chez les allochtones, alliant traditions maritimes et innovation économique au service du développement local.

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