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Révision de la carte: élus amers et déçus

Fusion à venir de Gaspé et de Bonaventure
Les électeurs de Gaspé et de Bonaventure pourraient ne plus avoir qu’un seul député provincial. (Photo Élections Québec)

Sans surprise, la décision de fusionner Gaspé et Bonaventure dans la nouvelle carte électorale – même si tout le monde s’y attendait – provoque une marée de déception dans la classe politique locale et régionale.

C’est le cas notamment du maire de Gaspé et préfet de la MRC de La Côte-de-Gaspé, Daniel Côté. Celui-ci est également le porte-parole de la Table des préfets de la Gaspésie sur cet enjeu. « C’est triste de voir ça. C’est une grosse perte pour la démocratie. C’est une grosse perte pour la représentation des régions. »

Le préfet de La Côte-de-Gaspé, Daniel Côté.
(Photo Le Soir – Jean-Philippe Thibault)

L’élu prévient les régions de la Côte-Nord, de l’Abitibi-Témiscamingue et du Bas-Saint-Laurent qu’elles pourraient se retrouver à leur tour avec un seul député d’ici 25 ans.

Un infime espoir reste que la Cour suprême remette en place la loi adoptée unanimement en mai 2024 à l’Assemblée nationale qui maintenait Bonaventure et Gaspé. Québec a demandé avant les Fêtes la permission d’en appeler au plus haut tribunal du pays.

Un autre scénario serait d’inscrire dans la loi un statut d’exception pour les circonscriptions en Gaspésie, comme c’est actuellement le cas pour les Îles-de-la-Madeleine. Le tout devrait cependant être adopté d’ici mars par les élus.

« Quand un gouvernement veut passer une loi spéciale, il la passe sur n’importe quoi », évoque Daniel Côté en faisant le pari que la plupart des partis à l’Assemblée nationale appuieraient une telle loi.

Le préfet de La Haute-Gaspésie, Sylvain Tanguay.
(Photo Le Soir – Dominique Fortier)

La Haute-Gaspésie au Bas-Saint-Laurent

Le préfet de la Haute-Gaspésie, Sylvain Tanguay, voit aussi une catastrophe dans ce remaniement de la carte électorale. Sa MRC se voit pour sa part rejoindre celle de Matane-Matapédia, au Bas-Saint-Laurent.

« Notre poids politique n’est déjà pas exorbitant et maintenant on perd 50 % de notre représentation. Du côté de la Haute-Gaspésie, nous avons toujours exprimé notre désir de faire partie d’une circonscription de la Gaspésie. Avec le scénario proposé, nous allons travailler avec la Gaspésie pour tout ce qui est de l’administration publique alors que nous allons devoir travailler avec le Bas-Saint-Laurent pour ce qui est des représentations politiques. »

L’élu ajoute qu’il a toujours été difficile pour la Haute-Gaspésie d’attirer l’attention des décideurs. « On se retrouve à ramer dans les deux sens avec des interlocuteurs qui auront une attention à géométrie variable pour la Haute-Gaspésie », se désole-t-il.

De 125 à 127 députés?

À l’image de plusieurs, la députée de Bonaventure, Catherine Blouin, n’est pas surprise, mais déçue. Elle espérait un miracle qui n’est finalement jamais arrivé. « Ça demeure un impact négatif pour la Gaspésie », résume-t-elle d’emblée.

Si Québec solidaire propose pour sa part d’ajouter deux élus (de 125 à 127), Catherine Blouin demeure sceptique quant à cette avenue.

« Ajouter des députés ne protège pas la Gaspésie, analyse-t-elle. Ça ne veut pas dire que ces comtés seraient en Gaspésie. Je veux m’assurer d’avoir une grande vigilance pour m’assurer que la Gaspésie soit bien représentée, mais je ne veux pas vous parler des moyens pour l’instant. Ce sont des discussions qui doivent avoir lieu. »

Cette position d’ajout de sièges à l’Assemblée nationale trouve aussi écho au sein du Parti québécois. « [Ça] semble être la seule avenue possible, réagit la porte-parole nationale du PQ et ancienne députée de Gaspé, Méganne Perry Mélançon. À ce compte-là, le Parti québécois appuierait la démarche. Mais il y a encore beaucoup de discussions; ça va vite. Tout le monde collabore. Aucun joueur ne met du plomb dans la démarche. »

Un député, 51 municipalités

Pour le député péquiste actuel de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, il s’agit d’une journée sombre pour la région. « On perd une voix à l’Assemblée nationale. Ce n’est pas comme si on en avait trop. La CRÉ ne nous a pas écoutés malgré la volonté de l’ensemble des parlementaires de garder le poids politique de la Gaspésie. »

Il estime que les conséquences sont importantes, à commencer par La Mitis qui est scindée en deux d’un côté et l’ajout de la Haute-Gaspésie de l’autre. C’est donc à dire que les intervenants du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie auront des interlocuteurs différents, même s’ils sont dans la même région, ou pire, dans la même MRC.

« Pour Matane-Matapédia, on parle de 51 municipalités, quatre MRC, trois centres de service scolaires. Ça va devenir l’un des comtés les plus complexes à représenter. »

Pascal Bérubé demande à l’ensemble des parlementaires de prendre des actions sans tarder pour maintenir le poids politique de la région.

En analyse

Pour sa part, le député de Gaspé Stéphane Sainte-Croix est à l’extérieur du pays, mais a tout de même tenu à réagir à la fusion éventuelle de sa circonscription. Celle-ci pourrait comprendre 47 municipalités étendues sur plus de 450 km de route.

« Nous sommes évidemment déçus de la décision […] puisque les changements proposés […] ne répondent pas pleinement aux besoins de la Gaspésie et à la volonté des élus de l’Assemblée nationale », écrit-il par courriel. Il rappelle au passage la démarche de son gouvernement lancée devant la Cour suprême.

« L’objectif demeure de garantir que les citoyens de toutes les régions, et particulièrement ceux de la Gaspésie, soient bien représentés à l’Assemblée nationale. Nous continuons d’analyser les différentes options pour assurer une représentation juste de la région et travaillerons de manière constructive avec tous les partis afin de déterminer la suite des démarches. »

La nouvelle carte électorale pour Gaspé-Bonaventure.
(Image CRÉ)

En rappel

La Commission de la représentation électorale (CRÉ) doit réviser la carte électorale à toutes les deux élections générales afin de mieux représenter les mouvements populationnels. L’organisation tente ainsi de diviser le Québec en 125 circonscriptions d’environ 51 000 électeurs qui ont des caractéristiques communes.

Le 30 avril 2023, la circonscription de Bonaventure présentait cependant un écart négatif d’électeurs de 29,2 % à cette moyenne. Gaspé l’excédait pour sa part négativement de 40,6 %, ce qui dépasse la limite légale de ± 25 % par rapport à la moyenne provinciale.

La CRÉ écrivait d’ailleurs dans l’un de ses rapports que son rôle consiste avant tout à garantir la représentation effective des électeurs. « Ce n’est pas son rôle de garantir la représentation des régions à l’Assemblée nationale ni de prévoir un nombre minimal de sièges par région. »

« La multiplication du nombre de statuts d’exception dans la Loi n’est pas souhaitable, ajoute-t-elle, car elle diminuerait le caractère exceptionnel des circonscriptions concernées et elle accroîtrait considérablement les inégalités de représentation. »

Si rien ne change, la nouvelle carte sera en application lors du scrutin du 5 octobre.

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